Le retour le plus utile qu’on m’ait fait sur mon dernier projet portait sur quelque chose auquel je n’avais jamais pensé : mes couleurs.
Trois pages de dashboard, des semaines de travail, une analyse dont j’étais fier. Puis le jury m’a dit que mes visuels n’étaient pas accessibles.
Ça pique pendant une heure environ. Puis on se renseigne et on se rend compte qu’on est passé à côté de quelque chose de basique.
Ce que j’en retiens
- Une jolie palette n’est pas une palette lisible. Mes cinq nuances de rose variaient en teinte, mais à peine en luminosité. Élégantes à l’écran, illisibles pour une personne daltonienne ou sur un vidéoprojecteur mal calibré.
- Un dégradé doit avoir un sens. Mes diagrammes en barres passaient du foncé au clair d’une barre à l’autre, et ce dégradé n’encodait absolument rien. La longueur des barres portait déjà la valeur. La couleur ne faisait que suggérer une seconde variable qui n’existait pas. Si un dégradé n’ajoute pas d’information, il ajoute de la confusion. Une seule couleur unie était la meilleure réponse.
- Le test qui change tout : passer ses graphiques en niveaux de gris. Si vous ne distinguez pas les catégories en noir et blanc, les autres non plus. Gratuit, instantané, implacable.
- La couleur ne doit jamais porter l’information seule. Étiquettes directes, position, légende : toujours prévoir un second canal.
- Un contraste de texte inférieur à 4,5:1 n’atteint pas le niveau AA des WCAG. Cette norme existe pour une bonne raison.
Ce que j’ai changé
J’ai donc reconstruit chaque palette autour de paliers de luminosité réguliers plutôt que de variations de teinte, et j’ai supprimé complètement les dégradés décoratifs.
L’accessibilité n’est pas une contrainte esthétique. Elle détermine si votre travail est lisible par tout le monde, ou seulement par ceux qui voient comme vous.
Avant et après
L’avant/après est ci-dessous. La différence est plus flagrante que je ne l’imaginais.

Le diagramme en barres perd son dégradé sans signification au profit d’une seule couleur unie, et les graphiques en anneau comme la carte passent à des nuances qui vont du très foncé au très clair.

Le curseur n’est pas réglé sur la même valeur dans les deux captures, d’où des chiffres différents : seules les couleurs sont comparées ici.

Les cinq villes vont désormais d’un prune très foncé à un rose très clair, au lieu de cinq couleurs de luminosité proche.
Le dashboard complet et l’analyse qui le sous-tend sont dans l’étude de cas Airbnb.