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Étude de cas · Python

Le monde produit-il assez pour nourrir toute sa population ?

Une étude de santé publique pour la FAO à partir de quatre jeux de données : combien de personnes sont en sous-nutrition, combien le monde pourrait en nourrir, et où va réellement sa nourriture.

Client
FAO, Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (cas OpenClassrooms)
Rôle
Data Analyst, projet de formation
Année
2025
Outils
  • Python
  • Pandas
  • Matplotlib
  • VS Code

La question

La FAO, l’agence des Nations unies qui mène la lutte contre la faim, voulait dresser un premier état des lieux de la sécurité alimentaire mondiale à partir de ses propres données. La demande prenait la forme d’une liste de questions : combien de personnes sont en sous-nutrition, combien de personnes la nourriture disponible pourrait théoriquement nourrir, comment cette nourriture est utilisée, quels pays souffrent le plus, et où va l’aide alimentaire.

Derrière cette liste se cache une seule question : la faim est-elle un problème de production, ou de distribution ?

  • 535 Mpersonnes en sous-nutrition en 2017
  • 8,8 Mdpersonnes que les calories disponibles pourraient nourrir
  • 36 %des céréales mondiales servent à l’alimentation animale
  • 83 %du manioc thaïlandais est exporté

Quatre fichiers de la FAO

FichierContenuPériodePays
PopulationPopulation par pays, en milliers2013–2018236
Bilans alimentairesPour chaque pays et chaque produit : calories, protéines et matières grasses par personne, production, échanges et utilisations2017174
Aide alimentaireTonnes d’aide reçues, par produit2013–201676
Sous-nutritionPersonnes en sous-nutrition, en millions, en moyennes sur trois ans2012–2014 à 2017–2019203

La préparation a surtout consisté à faire parler le même langage aux quatre fichiers. J’ai converti toutes les quantités dans les mêmes unités et transformé en nombres des valeurs texte comme <0.1. Le fichier de sous-nutrition ne donne que des moyennes sur trois ans : pour l’année 2017, j’ai donc retenu la moyenne des années 2016, 2017 et 2018, centrée sur 2017. Les autres fichiers donnent directement des valeurs annuelles.

Le monde produit assez de nourriture

En 2017, 535,7 millions de personnes étaient en sous-nutrition, représentant 7,1 % de la population mondiale, soit 1 personne sur 14.

Pour estimer combien de personnes la nourriture mondiale pourrait nourrir, j’ai multiplié les calories disponibles par personne et par jour de chaque pays par sa population et par 365, puis divisé le total mondial par un besoin moyen de 2 400 kcal par jour, issu d’une source FAO. Les calories disponibles en 2017 pourraient nourrir environ 8,8 milliards de personnes, soit 1,3 milliard de plus que la population mondiale de cette année-là. Les produits végétaux à eux seuls pourraient nourrir 96 % de la population mondiale.

Où va la nourriture

Sur les 9,8 milliards de tonnes de nourriture disponibles dans les pays, seule la moitié est consommée directement par les humains.

Utilisation de la disponibilité alimentaire intérieure mondiale, 2017
  • Alimentation humaine49,5 %
  • Traitement industriel22,4 %
  • Alimentation animale13,2 %
  • Autres utilisations8,8 %
  • Pertes4,6 %
  • Semences1,6 %

Les pertes semblent faibles en pourcentage, mais elles représentent 454 millions de tonnes de nourriture.

Les céréales racontent la même histoire, de façon encore plus nette : les humains en consomment directement 43 %, et 36 % servent à l’alimentation animale. Plus d’un tiers des céréales mondiales sert donc à produire de la viande, des œufs et des produits laitiers.

Des assiettes inégales

Les moyennes cachent un large écart entre pays. Dans 29 des 174 pays, la nourriture disponible est inférieure au besoin quotidien.

Calories disponibles par personne et par jour, 174 pays
Diagramme en barres de 174 pays classés par calories disponibles par personne et par jour, de 1 879 en République centrafricaine à 3 770 en Autriche ; 29 pays se situent sous la ligne des 2 400 kcal.

Chaque barre est un pays. Les barres vides se situent sous le besoin quotidien moyen de 2 400 kcal.

Les dix pays les mieux approvisionnés, dont six en Europe, disposent en moyenne de 3 625 kcal par personne et par jour, soit 1 225 de plus que le besoin. Les dix moins bien approvisionnés, dont sept en Afrique, en ont 2 060, soit un déficit de 340. En théorie, l’excédent d’une personne du premier groupe pourrait combler le manque de trois à quatre personnes du second.

Là où la sous-nutrition est mesurée, elle touche près de la moitié de la population dans les pays les plus durement frappés.

Part de la population en sous-nutrition, 2017 (pays disposant d’une estimation)
  • Haïti48,3 %
  • Corée du Nord47,2 %
  • Madagascar41,1 %
  • Libéria38,3 %
  • Lesotho38,2 %
  • Tchad38,0 %
  • Rwanda35,1 %
  • Mozambique32,8 %
  • Timor-Leste32,2 %
  • Afghanistan28,9 %

La Thaïlande montre comment la nourriture peut quitter un pays où sévit la faim. En 2017, environ 9 % des Thaïlandais étaient en sous-nutrition, et pourtant la Thaïlande a exporté 25,2 millions de tonnes de manioc, soit 83 % de sa production. Les données ne permettent pas de dire si ces exportations ont réduit ce que mangent les Thaïlandais, mais elles montrent une culture destinée avant tout à l’export, avec une logique commerciale qui peut primer sur la sécurité alimentaire locale.

Où va l’aide alimentaire

Entre 2013 et 2016, la Syrie, l’Éthiopie et le Yémen ont reçu le plus d’aide alimentaire, devant le Soudan du Sud, le Soudan et le Kenya. Sept des dix principaux bénéficiaires sont en Afrique, les trois autres en Asie, et beaucoup faisaient face à une guerre ou à une crise majeure. L’aide a suivi les crises aiguës : elle a fortement chuté pour l’Éthiopie, le Soudan et le Soudan du Sud en 2015, tandis que celle du Yémen repartait à la hausse avec l’escalade de la guerre.

Ce que je ferais ensuite

  • Utiliser les séries FAOSTAT complètes, pour suivre les mêmes pays dans le temps au lieu de comparer une seule année.
  • Compléter les données d’aide avec les chiffres du Programme alimentaire mondial, pour couvrir les pays et les années absents des données de la FAO.
  • Pondérer le calcul théorique par les besoins réels, qui varient selon l’âge, le sexe et l’activité, plutôt que par une moyenne unique de 2 400 kcal.

Limites

  • Le total de personnes en sous-nutrition est un minimum : les pays sans estimation sont comptés à zéro, et le classement des taux ne porte que sur les pays qui en ont une.
  • Disponibilité alimentaire ne veut pas dire consommation : les calories disponibles incluent ce qui est gaspillé dans les commerces et à la maison. Les 8,8 milliards de personnes sont donc un plafond théorique : la nourriture réellement mangée en nourrirait moins.
  • Le calcul théorique laisse de côté le transport, le stockage, les prix et la politique, qui sont précisément ce qui décide de qui mange.

Ce que j’en retiens

Avant de calculer quoi que ce soit, j’ai ramené la liste de questions de la FAO à une seule : la faim vient-elle d’un manque de production ou d’un problème de distribution ? Chaque calcul servait ensuite à y répondre, du nombre de personnes que la nourriture disponible pourrait nourrir jusqu’à la destination de l’aide alimentaire. J’ai aussi appris qu’un résultat théorique dépend de ses hypothèses : les 8,8 milliards reposent sur un besoin moyen de 2 400 kcal par jour, une hypothèse qu’il faut toujours afficher à côté du chiffre. Enfin, un chiffre parle davantage à l’échelle d’une personne : dire que le surplus d’un habitant des pays les mieux approvisionnés pourrait combler le manque de trois à quatre habitants des pays les moins approvisionnés rend l’inégalité plus concrète qu’un écart en calories.